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106 - 2003/4

Témoignage sur les BB

Les témoignages sur les modes de fabrication des bateaux en bouteilles ne sont pas courants. En cherchant chez les bouquinistes de La Rochelle, j’ai trouvé deux livres qui abordent très succintement le sujet.

Le premier, dont le titre est : Souvenirs d’un vieux marin, écrit et édité par Jean Jourdan, Capitaine au long cours, Cap Hornier, en 1976, retrace cinquante années de vie maritime.

Lorsqu’il avait 15 ans, en 1910, le capitaine Jourdan fut embarqué comme mousse sur un bateau de la Compagnie Bordes, le quatre mâts "HELENE". L’auteur décrit minutieusement son voyage de France à Iquique (Chili) et s’attarde quelques instants sur les distractions du bord.

"[...] La plupart des matelots naviguant à la voile étaient bricoleurs. Chacun avait sa spécialité : pour certains c’était les bateaux en bouteilles, pour d’autres des maquettes ou des cannes fabriquées avec les vertèbres d’un requin, ou des objets faits avec des os ou des becs d’albatros".

Un peu plus loin il précise :

"Les marins, en général, n’aimaient pas les albatros, pas plus que les requins [...] Celui qui avait confectionné la ligne (pour capturer l’albatros) choisissait entre les trois parties utilisables de l’oiseau pour en faire des souvenirs : le bec, les ailes et les pattes qui étaient succintement naturalisés ; les os, soigneusement nettoyés, devenaient des tubes d’une blancheur éclatante et d’une solidité à toute épreuve. On s’en servait pour divers usages et notamment pour la confection de maquettes et de bateaux en bouteilles".

Pour avoir vu de nombreux bateaux en bouteilles anciens, j’affirme pour ma part ne m’être jamais trouvé en présence de bateaux en bouteille dont les mâts ou les vergues étaient faits en os d’albatros. Le seul bateau pour lequel j’ai évoqué l’emploi d’os d’albatros a été abondamment décrit dans un article que j’ai rédigé avec Max Truchi et dont le titre était "Un grand cru de bordelais". Cela remonte à quelques années.

Peut-être certains lecteurs de Rose des Vents sont-ils mieux renseignés que moi ?

Le second livre a pour titre : Les derniers marins cap-horniers.

Il a été écrit par Théophile Briant en 1954 et publié en 1978 par les éditions Fernand Lanore à Paris, en 1976.

L’auteur a construit son livre à partir de témoignages qu’il a recueillis auprès de capitaines au long cours, tous cap-horniers. Il consacre un chapitre à la vie à bord des navires long-courriers.

Voici ce qu’il écrit au sujet des bateaux en bouteilles :

"Il était rare qu’un marin, que sollicitaient les besognes les plus diverses, ne fût pas adroit de ses dix doigts. Aux heures de loisir, les moins habiles se contentaient de sculpter plus ou moins grossièrement des couverts en bois, ou de fabriquer des descentes de lit. Mais il y avait des spécialistes qui savaient fabriquer des demi-coques, c’est à dire des trois-mâts élégants, collés s des panneaux, et naviguant sur des vagues de carton, petits chefs-d’oeuvre de naïveté et d’adresse qu’on se dispute aujourd’hui chez les antiquaires.

Un des bibelots les plus recherchés, parce que la fabrication en est pratiquement abandonnée, c’est le bateau en bouteille, qui a émigré des auberges maritimes dans des intérieurs luxueux de collectionneurs, auxquels ils doivent raconter la nuit de bien curieuses histoires.

Ce sera sans doute une amusante leçon de choses que d’expliquer la confection du bateau en bouteille, qui reste l’apanage de l’artisanerie maritime française.

Le constructeur choisissait d’abord une bouteille bien blanche. Il mesurait soigneusement le goulot et le diamètre intérieur. La coque à y introduire était alors taillée de façon à entrer librement, et la mâture calculée de façon que les mâts, une fois en place, s’appuient sur la paroi intérieure de verre. Il installait alors vergues et gréements, très rudimentaires d’ailleurs. Les étais se disposaient pour coucher et redresser la mâture à volonté, puis il laissait sécher le tout, après passage d’une couche de peinture. Quelques jours après, on procédait au lancement. La coque, d’abord encastrée sur un ber (lisez berceau) représentant la mer, était introduite délicatement dans la bouteille, avec tout le gréement bien couché. Une goutte de colle sous le ber permettait de la tenir fixe. Puis au moyen d’un crochet en fil de fer, on redressait la mâture en commençant par l’arrière. On raidissait les étais, on agrémentait le pont de roofs et de canots. Quand tout était en place, un peu de colle était ajoutée pour raidir les étais. Le lendemain, on coupait les bouts restants, et l’oeuvre était terminée. Certains, pour fignoler davantage le travail, arrivaient, à force de patience, à passer des voiles sur les vergues, puis le goulot était garni d’un pompon de laines de couleurs variées."

Les habitués de la méthode "Cap-hornier" auront reconnu dans cette description, une façon de faire typique du début du XXème Siècle : les mâts dont le sommet touche au verre de la bouteille, la mer très symbolique, vraisemblablement en bois (ou en carton peint), la peinture et la colle qui sèchent très lentement.

Quant aux voiles mises en place une fois le bateau dans la bouteille, c’est la première fois que je lis quelque chose à ce sujet.

Quelqu’un connaît-il cette méthode de mise en place des voiles une fois le bateau dans la bouteille, sachant que sur ce type de bateau, les voiles ne peuvent être qu’en papier un peu fort ?

Enfin, souvenez-vous toujours que : "le bateau en bouteille est l’apanage de l’artisanerie maritime française." Qu’on se le dise !!!

Gallet Bernard -  16 avril 2004

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